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| Table ronde - Journées des cultures gaies et lesbiennes du Canada |
| "Couples gais et lesbiens, des mythes à la réalité : état des lieux" |
| Samedi
27 juin 1998, de 14h à 18h
au Centre Wallonie-Bruxelles 46, rue Quincampoix 75004 Paris M° Rambuteau |
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| Le CSHSP se félicite
de l'accueil qui a été fait à sa présence,
pour la première fois, à
la Gay Pride de Paris. Sous la bannière "collectif des homos
sans-papiers", ce sont non seulement des dizaines de membres du
collectif mais aussi de nombreux sympathisants
des sans-papiers homosexuel(les) et transsexuels
qui se sont retrouvés pour distribuer, tout au
long de la marche, les 15000 exemplaires de notre "lettre
ouverte à M. Jospin" et scander les slogans du collectif
demandant la régularisation de nos
ami(e)s, de nos amant(e)s et, plus largement, de tous les sans-papiers.
Le CSHSP remercie vivement de leur soutien le Centre Gai et Lesbien, Act-Up, Ras'l Front, le Collectif de la Lesbian and Gay Pride de Paris mais aussi toutes les associations qui, à l'instar de la LDH, du GISTI, d'Amnesty International, se sont prononcées clairement, à l'issue de la marche, en faveur de la régularisation des homosexuel(le)s et transsexuels sans papiers.Nous remercions pour leur soutien Mme Aline Paillier, député européenne, ainsi que M. Serge Guichard, au nom du Parti Communiste Français. Nous remercions chaleureusement tous les sans-papiers issus des autres collectifs qui sont venus nous témoigner leur soutien à l'occasion de la marche. Le CSHSP salue l'ensemble des collectifs de sans-papiers qui par leur combat ont permi aux homosexuels et transsexuels sans-papiers de participer à la lutte pour la régularisation de tous. Ce sont vraisemblablement quelques milliers
de femmes et d'hommes homosexuels ou
transsexuels qui aujourd'hui sont venus vivre dans notre pays avec
l'espoir d'échapper aux pressions familiales sociales et politiques,
voire aux persécutions, dont ils sont
victimes dans leurs pays d'origine, en raison
de leur orientation sexuelle. Beaucoup
d'entre eux vivent avec une française, un français ou un
étranger en situation régulière
qui ne comprennent pas qu'on ne puisse faire droit à leur
désir de vivre avec la personne de leur choix. Le collectif s'inquiète
de la double discrimination dont sont victimes
les étrangers homosexuels et
Comme il a eu l'occasion de l'indiquer récemment au président Galabert, chargé de mission pour les sans-papiers par Matignon,à l'occasion d'un entretien long et approfondi de deux heures, le Collectif souhaite que les pratiques administratives, les circulaires d'application et, à terme, la loi évoluent afin que soient pris en compte pour les homosexuel(le)s et transsexuels étrangers le droit au refuge ou à l'asile en raison de leur appartenance à un groupe social qui entraîne pour eux des risques moraux et physiques. Le Collectif souhaite que la future loi sur le PACS prenne en compte positivement et concrètement la situation des partenaires étrangers: il faut que le PACS permette à celles et à ceux qui vivent avec un français ou un étranger en situation régulière d'obtenir par le biais de ce pacte le droit au séjour dont ils auraient été privés au départ. Beaucoup de couples gais et lesbiens voient leur avenir suspendus à la reconduction d'année en année d'études entreprises non seulement pour obtenir un diplôme mais aussi le plus souvent, à terme, parce que c'est le seul moyen pour le partenaire étranger d'obtenir la reconduction de son droit au séjour. Nous demandons que soit prise en considération le droit à la vie privée des couples gais et lesbiens pour qu'à l'issue de ses études le partenaire étranger puisse bénéficier d'une carte de séjour lui accordant le droit de vivre et travailler en France. Le PACS peut et doit être amélioré, afin que les couples binationaux voient leurs droits à vivre ensemble reconnus et respectés. En ce sens, les effets positifs doivent en être immédiats et non conditionnés par une durée minimale; cela équivaudrait à une discrimination, de fait, entre les couples contractants d'un PACS et ceux qui, pouvant accéder au mariage, bénéficient immédiatement de ses effets juridiques. Le PACS doit générer de nouvelles solidarités et non de nouvelles formes, plus ou moins subtiles, d'exclusion. Le Collectif de Soutien des Homos Sans Papiers appelle les associations, les syndicats, les partis politiques et l'ensemble des citoyennes et citoyens qui s'estiment concernés à se réunir, au mois de septembre, pour la constitution d'Etats généraux de l'homosexualité. Il est urgent d'entreprendre, tant au niveau national qu' européen, un état des lieux des droits qui restent à construire pour que les homosexuel(le)s et transsexuels, en France et en Europe, puissent bénéficier, rapidement et concrètement, d'une réelle égalité citoyenne. Une telle initiative peut et doit être entreprise avant que ne soit conduit devant le parlement français l'examen de la loi sur le PACS, si l'on souhaite que le texte voté finalement soit le meilleur possible pour toutes celles et tous ceux qui devraient pouvoir en bénéficier, notamment les couples homosexuels et lesbiens. |
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Pour ou contre la reconnaissance
légale des couples homos?
Qui décide de ma vie privée ? Par DIDIER ERIBON
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J'ai été très étonné
de lire, dans Libération (27 mai 1998), l'interview d'Irène
Théry consacré à la «solution» qu'elle
avance pour les couples du même sexe dans le rapport qu'elle vient
de rendre à la ministre de la Justice. Elle s'y présente
en effet comme la meilleure avocate des droits des homosexuels. Il est
clair pourtant que sa «solution» est très en retrait
par rapport à la proposition de loi issue du projet qu'on appelait
jusqu'ici le CUS et qu'on appelle désormais le Pacs. Sans même
parler de la revendication avancée par les associations gays et
lesbiennes d'une pure et simple égalité des droits, et donc
du droit au mariage. Bien sûr, quand Irène Théry propose
de considérer le concubinage comme un «état de fait
créateur de droits» et d'appliquer cette définition
aux couples homosexuels aussi bien qu'aux couples hétérosexuels,
il s'agit d'un réel progrès puisque, dans la situation actuelle,
les couples homosexuels n'ont aucun droit. Mais il est évident que
le plus important dans la «solution» de Mme Théry, ce
n'est pas ce qu'elle accorderais ce qu'elle refuse. On le voit dès
les premières pages de son rapport. Elle y définit le mariage
comme «l'articulation de la différence des sexes à
la différence des générations», c'est-à-dire
l'union d'un homme et d'une femme pour faire des enfants. Ce qui exclut
d'une seule phrase les couples du même sexe (et devrait d'ailleurs
exclure logiquement tous les couples hétérosexuels qui ne
se reconnaissent pas dans cette définition). Les homosexuels se
retrouvent donc cantonnés dans la section qui traite du concubinage.
C'est un premier niveau de discrimination. Mais Mme Théry en ajoute
un second: après avoir dit que c'était l'honneur du pays
de refuser toute discrimination entre concubins hétérosexuels
et homosexuels, elle écrit quelques pages plus loin que le droit
à l'adoption sera réservé aux seuls concubins hétérosexuels.
Tout cela revient à dire que les homosexuels ne peuvent pas accéder
au mariage parce qu'ils ne peuvent pas avoir d'enfants, et qu'ils ne peuvent
pas accéder à l'adoption parce qu'ils ne doivent pas en avoir.
Dans l'interview de Libération, Irène Théry
ne prend pas la peine de s'expliquer sur ces points. Elle était
plus explicite dans son article de la revue Esprit, en octobre 1997,
avouant qu'elle s'opposait au contrat d'union sociale parce qu'il ressemblait
à un «mariage bis» et qu'il déboucherait inévitablement
sur le droit à l'adoption pour les homosexuel(les) et à l'insémination
artificielle pour les lesbiennes. Ce qui, disait-elle, mettrait en péril
«l'ordre symbolique» sur lequel se fonde la société.
Il était frappant de constater que certaines de ses formulations
étaient quasiment identiques à celles de Christine Boutin,
députée d'ultradroite, mobilisée elle aussi contre
ce «mariage bis» qui allait transgresser les «frontières
posées par la nature» et mettre en danger les fondements
«symboliques» de la civilisation. On retrouve ici l'écho
d'un des plus vieux thèmes du discours homophobe: les homosexuels
sont un danger pour la société.
Dans l'interview de Libération, Mme Théry se plaint des «manoeuvres staliniennes» dont elle aurait fait l'objet. Elle fait sans doute allusion aux réactions véhémentes des associations gays et lesbiennes. Et elle s'attribue le noble rôle de celle qui fait exister le «débat intellectuel». Les écrits de Mme Théry ne sont pas des textes théoriques: ce sont des interventions idéologiques et politiques dont l'objectif affiché est d'acquérir force de loi. Ce sont des «propositions» destinées à façonner le droit qui va régler nos vies. Or, pour parler sur un plan personnel, la manière dont elle entend régler ma vie va m'empêcher d'aimer qui je veux et comme je veux. Je vis avec un garçon américain. Il envisage de s'installer en France quand sa thèse sera terminée. Avec la «solution» de Mme Théry, telle qu'elle est formulée actuellement, il ne lui sera pas possible d'obtenir un titre de séjour au nom du couple que nous formons. Par conséquent, en excluant toute «solution» qui ouvrirait sur les droits les plus larges, en combattant avec acharnement non seulement le droit au mariage mais aussi le CUS ou aujourd'hui le Pacs, Mme Théry nous interdit de vivre ensemble. Elle interdit également à un tel couple de pouvoir être reconnu à l'étranger, même dans les pays européens. Des milliers d'autres couples sont dans des situations encore plus difficiles que la nôtre. Par exemple, lorsque le partenaire étranger est originaire d'un pays dont les ressortissants doivent obtenir un visa pour entrer en France (visa souvent refusé). Et que dire des gays et des lesbiennes qui doivent cacher leur homosexualité ou se prétendre «célibataires» pour pouvoir adopter un enfant? Ou des lesbiennes qui doivent accomplir le voyage aux Pays-Bas pour obtenir une insémination artificielle, comme les femmes devaient le faire autrefois pour pouvoir avorter? Comment, dès lors, ne pas éprouver un sentiment de révolte quand on voit que ce sont les mêmes qui d'un côté interviennent politiquement dans nos vies privées, et de l'autre passent leur temps à dénoncer, sous l'accusation de «communautarisme», tous les mouvements qui s'efforcent de placer les questions sexuelles dans l'espace public et politique. Le débat auquel on assiste actuellement montre qu'il n'y pas de frontière entre la politique et la vie privée. Les vies privées sont régies par le droit, et le droit institué par la politique. La preuve: Mme Théry, et tant d'autres avec elles, invoque toujours l'intérêt supérieur de la société pour décider ainsi de nos vies. C'est oublier un peu rapidement que nous faisons partie de cette société.Et nous ne sommes pas disposés à nous soumettre en silence à leurs diktats. |
| Le C.S.H.S.P. était présent à la Gay Pride de Nantes du 6 juin. Cette année le thème était : Droits des Lesbiennes & Gay. C'est la Gay Pride la plus "active" de la région malgré une participation légèrement en baisse par rapport aux précédentes éditions. On peut noter la participation pour la première fois d'Amnesty International et de la Ligue des Droits de l'Homme. Les Sans Papiers en lutte à Nantes ont fait les 2/3 du parcours avec la Lesbian & Gay Pride pour ensuite bifurquer car ils avaient décidés d'un blocage des trams. Le C.S.H.S.P. a fait en fin de manifestation une prise de parole de quelques minutes pour expliquer son action. 500 "Manifeste/Pétition" ont été distribués avec un accueil très chaleureux, les Nantais étant assez bien sensibilisés par les problèmes des sans papiers en général. |
| Sans-papiers : Situation régularisée pour un gay mauricien | ![]() |
Nazeer Shadoo Buccus:
"J'ai enfin le droit de vivre en France"
Nazeer
Shadoo Buccus, un homosexuel mauricien vivant en France, faisait partie
des quelque 150 000 étrangers sans-papiers qui ont présenté
une demande de régularisation. Originaire d'un village du Nord,
il est entré en France en 1992, sans visa de séjour.
Menacé d'expulsion,
il s'est battu pour rester dans l'Hexagone. Un article paru le 29 avril
dans
l'hebdomadaire français
"Libération" racontait le combat de ce Mauricien d'origine et de
son
compagnon Lionel Povert, un
enseignant français.Après des années de galère,
il voit enfin sa
situation régularisée
dans le cadre de la circulaire Chevènement.
Propos recueillis par Soraya PATEL
Après de nombreuses
démarches, votre situation a donc été régularisée
le 22 mai.
Comment l'avez-vous appris
?
J'ai reçu une
convocation de la préfecture. La même semaine, une lettre
du
ministère de
l'Intérieur m'annonçait que j'allais être régularisé.
Ce vendredi, je
me suis rendu à
la préfecture et ils m'ont régularisé.
Vous êtes de nationalité
mauricienne, vous vivez en situation irrégulière
en France depuis 1992. Qu'est-ce qui vous a attiré en France, au
départ?
Quand j'avais 17-18
ans, j'ai commencé à rêver de partir pour la France:
j'étais
attiré par la
culture française, j'aimais beaucoup les chansons françaises.
Des
amis sont allés
en Angleterre, en Italie. J'ai déjà eu l'occasion de partir
à
l'étranger,
mais je n'ai pas voulu y rester. Pour moi, c'était la France. Je
m'étais
mis dans la tête
qu'un jour j'irais en France que je vivrais là-bas. L'île
Maurice,
pour moi, c'était
tout petit. La France, c'était le rêve de vivre autrement,
plus
librement.
Quelle a été
l'attitude de vos parents lorsque vous avez décidé de partir?
Qu'en pensaient-ils?
Toute ma famille, mes
parents savaient que je voulais partir en France. Ils
savaient que je n'irais
pas pour des vacances. Au début, ils ne voulaient pas que
je parte. Quand ils
ont vu que j'étais malheureux, ils m'ont dit: "Si tu veux y aller,
tu pars si tu as l'argent.
Tu sais très bien que l'Europe c'est différent. Là-bas
la
vie est plus difficile,
mais si c'est ce que tu veux". J'ai travaillé très dur à
l'usine.
J'économisais
l'argent pour venir en Europe. Mes parents m'ont aussi aidé. Ils
savaient très
bien que je n'étais pas heureux à Maurice.
Comment êtes-vous arrivé
en France?
A l'âge de 25
ans, j'avais fait une demande de visa pour venir en France en
touriste, mais je ne
l'ai pas obtenu. Un an après, je voulais toujours aller en
France.
Et comment avez-vous rencontré
la personne qui vous a permis d'aller en France?
A Port-Louis, des agences
de voyages vous proposent leurs services. J'ai pu
ainsi avoir un visa
pour la Belgique. En Belgique, j'ai payé un passeur et je suis
arrivé en France.
Comment avez-vous vécu
ces cinq années sans papiers en France?
Comment vit-on quand on n'a
pas d'existence officielle dans un pays?
C'est très difficile.
Moi je savais, quand j'ai quitté Maurice, que ce serait très
difficile: je n'avais
pas de famille ici (NdlR: en France), pas d'amis. Je voulais
entrer en France, y
vivre, me débrouiller pour rester et avoir mes papiers et
retourner voir mes
parents, mais vivre en France quand même. C'était très
dur au
début.
Avez-vous toujours vécu
à Paris pendant les cinq ans que vous avez passés ici?
Oui, j'ai toujours
été à Paris. Au début, des Mauriciens m'ont
hébergé, certains
trois-quatre jours,
certains une semaine, un autre sept mois. J'ai vécu comme ça.
Il y a des gens qui
m'ont hébergé quelque temps, mais comme je n'avais pas de
papiers, je n'avais
pas toujours du travail. Je travaillais au noir. Parfois, je
perdais mon travail.
Et là, je n'arrivais pas à payer le loyer. Il me fallait
payer FF
2 000 tous les mois,
chez les personnes qui m'hébergeaient. Comme je n'avais pas
de papiers, ils me
disaient à un certain moment: "Bon, on ne peut pas te garder
maintenant. Tu cherches
un autre endroit". Et je devais changer de logement.
Comment trouve-t-on du travail
sans papiers?
Des copains parlent
de vous à leur patron, qui vous propose un petit boulot
pour quelques jours.
J'ai beaucoup travaillé. J'ai fait du repassage au noir de 7
heures du matin à
10 heures du soir. Je faisais de la couture aussi. Mon frère était
tailleur à Maurice.
A une époque, j'ai travaillé avec lui, j'ai appris un peu.
C'est ça
qui m'a aidé.
J'ai travaillé dans la confection, mais j'étais exploité.
Les patrons,
quand ils savent que
vous êtes un étranger qui n'a pas de papiers, ne veulent pas
vous payer. Il y a
même un patron qui ne m'a pas payé deux mois de salaire. Il
y a
plusieurs endroits
où je n'ai pas été payé. Mais je ne pouvais
rien faire.
C'est une vie quotidienne où
vous ne pouvez jamais oublier que vous n'avez pas de papiers, en fait.
Pensiez-vous toujours à cela?
Aviez-vous peur?
Au début, en
novembre 1992, j'avais fait une demande de réfugié politique.
J'ai
donc eu des autorisations
provisoires de séjour qui m'ont permis de vivre
pendant sept mois en
situation régulière. Pendant ces sept mois, j'ai travaillé,
j'ai ramassé
des sous. Mais comme Maurice n'a pas de problèmes politiques, ma
demande a été
rejetée. Et à partir de 1993, j'étais en situation
irrégulière. En
fait, on ne peut pas
oublier qu'on n'a pas de papiers. Et même maintenant, je ne
pourrai pas oublier
comment je suis entré en France, comment j'ai vécu. Je
n'avais pas vraiment
peur. Je me demandais toujours pourquoi les policiers
m'arrêteraient:
je ne suis pas un voleur, je ne suis pas un terroriste. Pourquoi
m'arrêteraient-ils?
Je considérais les policiers comme des gens normaux, des
gens comme moi. Une
fois, des flics m'ont arrêté. J'étais dans la rue,
ils m'ont
arrêté,
et ils m'ont demandé mes papiers. Je leur ai dit: "Excusez-moi,
j'ai changé
de blouson et j'ai
oublié mon portefeuille avec mes papiers d'identité à
la
maison". Ils m'ont
demandé mon nom. Je le leur ai dit. Ils m'ont dit: "Bon, tu peux
y
aller, mais la prochaine
fois il faut que tu aies une pièce d'identité". Je me disais
que de toute façon,
ils ne me feraient rien parce que je n'avais fait de mal à
personne. Il y a beaucoup
de personnes ici en France qui n'ont pas de papiers.
Vous n'aviez pas de visa de
séjour et vous saviez que cela poserait problème en arrivant?
Oui, je le savais.
Je connaissais des Mauriciens qui étaient venus en France. Ils
racontaient qu'ils
avaient eu beaucoup de problèmes. Mais je ne me suis jamais
découragé.
Je savais que ce qu'on me disait était vrai, qu'il y a beaucoup
de
difficultés
pour les étrangers en France, que la vie est plus dure, mais moi
je
voulais aller vivre
en France.
Vous avez déposé
un dossier de demande de régularisation en juillet 1997, dans le
cadre de la circulaire Chevènement. Comment cela s'est-il
passé après?
Quand la gauche a gagné
les élections législatives, en mai 1997, j'étais content.
Ils avaient fait la
promesse d'abroger les lois Pasqua-Debré. Moi, j'avais prié
pour que la gauche
passe. Je me disais qu'à ce moment, j'aurais mes papiers.
J'étais donc
très content. J'avais même des amis qui m'avaient dit qu'ils
voteraient pour la
gauche, pour que j'aie mes papiers. Puis, le gouvernement a
imposé des critères:
les personnes mariées seraient régularisées et les
célibataires
devraient avoir passé sept ans en France et avoir travaillé
légalement pour
être régularisés. J'avais travaillé, mais au
noir, je n'avais pas de
bulletins de salaire.
Je ne répondais pas aux critères. J'ai quand même déposé
un
dossier. J'ai eu une
réponse en mars. Ce n'était pas une réponse de la
préfecture.
J'avais contacté
le député de ma circonscription, Jean-Christophe Cambadélis,
le
maire du XIXe arrondissement
où j'habite, M. Madec, ainsi qu'un conseiller au
ministère de
l'Intérieur pour qu'ils soutiennent mon dossier. Des personnalités
comme Jack Lang, l'écrivain
Gilles Perrault, les Verts et le Parti communiste
français ont
soutenu notre démarche à travers le Collectif de soutien
des homos
sans papiers que nous
avons créé avec des amis.
J'ai eu la réponse
grâce à un courrier adressé au député
Cambadélis. Mon dossier
était refusé
parce que j'étais célibataire, sans attaches familiales et
sans charge
de famille. J'ai continué
à essayer d'obtenir ma régularisation avec l'aide de mes
amis, qui ont envoyé
des lettres au ministère de l'Intérieur, par la presse aussi.
C'est tout cela qui
a fait basculer la décision en ma faveur.
Vous sentez-vous solidaire
de tous ces sans-papiers qu'on a vu manifester, qui ont occupé l'église
Saint Bernard, qui ont reçu le soutien des cinéastes, qui
ont fait des grèves de la faim?
Oui, je me sens vraiment
solidaire d'eux. J'ai le sentiment qu'on est tous
étrangers. Je
sais que pour tous les étrangers qui quittent leur pays, qui
viennent vivre en France,
ce n'est pas facile. Je souhaite qu'on régularise tous les
sans-papiers. Il y
a 150 000 étrangers dans cette situation, ce n'est pas
beaucoup.
Avez-vous, vous aussi, participé
à des manifestations de ce genre?
Oui, j'ai beaucoup
manifesté. J'étais content d'y aller. Je me disais que comme
ça, on serait
plus nombreux, ils seraient obligés de nous régulariser.
Imaginez-vous maintenant retourner
un jour à Maurice?
Oui, bien sûr.
J'ai eu mes papiers, je vais travailler, et puis je prendrai des
vacances pour aller
voir mes parents, mes frères et soeurs. Cela fait six ans que
je ne les ai pas vus
et j'ai très envie de les retrouver. Maintenant, ce n'est qu'une
question de temps.
Et maintenant, que comptez-vous
faire? Y a-t-il des choses que vous avez envie de faire, maintenant que
vous êtes en situation régulière?
D'abord, on a créé
un collectif pour aider d'autres sans-papiers. Je suis passé
par là: c'est
très difficile de rester sans papiers en France. Je vais me battre
et
les aider dans leurs
démarches, les soutenir, tout faire pour qu'ils trouvent une
solution. Je vais aussi
travailler, je vais vivre normalement. Je vais enfin pouvoir
vraiment visiter Paris,
la France.
Justement, comment faisiez-vous
pour circuler jusqu'ici?
Je prenais le métro,
le bus. Mais pas comme tout le monde.J'évitais de trop me
déplacer. Maintenant,
c'est différent. Je suis plus à l'aise, même dans la
rue. Je
suis tellement content;
je trouve que la vie est belle. J'ai enfin le droit de vivre
ici. La France m'a
accepté.
Avez-vous l'impression d'avoir
trouvé ce que vous cherchiez quand vous vouliez venir en France,
il y a sept ans?
Oui, c'est cela. Au
début, quand je suis arrivé en France, même quand je
n'avais
pas de papiers, j'ai
trouvé que c'était autre chose. Ici, en France, on est libre,
on
peut se promener où
l'on veut. On se sent libre. Ici, les gens ne vous surveillent
pas comme à
Maurice.
Et si c'était à
refaire?
Je n'ai pas de regrets.
Je suis très content d'être en France.
C'est ce que j'ai
toujours voulu. Je me suis battu parce que c'était mon désir
de vivre en France.
J'ai gagné mon
combat. Je n'ai pas de regrets, Maurice ne me manque pas, mais je pense
à mes
parent.
| Homos sans papiers |
Lionel Povert et
Nazeer Shadoo Buccus qui vivent ensemble depuis cinq ans ont constitué,
le 21 mars dernier, le Collectif des Homos Sans Papiers afin d'attirer
l'attention sur la situation de "nos amant(e)s"" de nationalité
étrangère.
| Homos sans papiers dans l'attente d'une loi |
"I l nous faut gérer l'impossible",
déplore An ne Rousseau. Car en l'absence du CUS, les homosexuels,
bien qu'en couple depuis cinq ans comme c'est le cas de Nazeer et Lionel,
sont éternellement assimilés aux célibataires. L'asile
politique n'a de chances
d¹être accordé aux homosexuels
(et encore!) que s'ils présentent des preuves écrites, délivrées
par la police, des persécutions dont ils ont été victimes
dans leur pays d'origine. Une démarche "impensable et impossible",
souligne Anne Rousseau,
dans un pays tel que l'Algérie. L'exemple
de Fayçal (2), brutalisé par la police algérienne,
est révélateur. Et tandis que les expulsions continuent,
les sans-papiers en général sont dans l'expectative d'une
très hypothétique régularisation prévue par
la circulaire Chevènement. Celle-ci, datée du 24 juin 97
et adressée aux préfets, fixait les critères de régularisation
dans l'attente du vote de la nouvelle loi sur l'immigration. En déposant
leur dossier dont l'examen s'achève le 30 avril, les homosexuels
étrangers espèraient répondre aux conditions requises.
Soit ils entraient dans la catégorie des
"étrangers sans charge de famille",
"résidant depuis au moins sept ans" ou qui ont connu une "période
de séjour" en France. Soit ils étaient considérés
comme des "personnes courant des risques en cas de retour dans leur pays
d'origine". Nazeer avait retrouvé
confiance. Le maire d'arrondissement, Roger
Madec (PS), leur a octroyé, à Lionel et lui, un certificat
de concubinage et ils ont eu le soutien de Jean-Christophe Cambadélis
(PS). "Je suis privilégié", concède Lionel Povert.
De plus, un courrier daté du 19 septembre, émanant du préfet
de police de Paris, Philippe Massoni, et adressé à Jean-Yves
Autexier,, conseiller auprès du ministre de l'Intérieur,
stipulait: "Je puis vous indiquer que l'intéressé peut solliciter
l'examen de sa situation administrative" au vu de ladite circulaire.
Ils sont donc 150 000, à l'instar
de Nazeer, à avoir déposé une demande de régularisation.
Aujourd'hui, on estime que la moitié seulement des requêtes
seront satisfaites. La priorité sera donnée aux familles.
Nazeer est passé à la trappe.
Débouté de sa demande. Jean-Paul
Geoffroy, chef de cabinet de Jean-Pierre Chevènement, dans un courrier
daté du 17 mars 1998 à l'attention de M. Cambadélis,
notifie : « Célibataire et sans charge de famille, l'intéressé
ne remplit aucun des
critères de régularisation
prévus par la circulaire ministérielle". la suite d'une rencontre
avec Patrick Quinqueton, conseiller chargé à l'immigration
auprès du ministre, Jan-Paul Pouliquen, président du Collectif
pour le Contrat d'Union Civile et
Sociale (CCUCS), confirme: "pas de régularisation"
pour les homos sans papiers, et "pas de moratoire". L'expulsion à
court ou moyen terme, donc. Contacté, le cabinet du ministre n'a
pas donné suite à notre demande d'interview.
Reste la loi Chevènement sur l'immigration
qui sera votée par le parlement le 8 avril. Militants comme sans-papiers
restent suspendus à l'espoir suscité par le ministère
de l'Intérieur. Jean-Paul Pouliquen dit avoir obtenu la garantie
que les couples gay
binationaux seront bien concernés
par la nouvelle législation sur la base de la "vie privée
et familiale". Et de renvoyer au 7e alinéa de I'article 12 bis qui,
selon le président du CCUCS, verrait l'octroi d'un "titre de séjour
d'un an suivi d'un renouvellement" à l'étranger dont, indique
le projet de loi, "les liens personnels et familiaux en France sont tels
que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit
au respect de sa vie
privée et familiale une atteinte
disproportionnée au regard des motifs du refus". Pour autant, rien
ne dit qu'il faut distinguer derrière cette disposition un homosexuel
célibataire ou même en couple. Lors de la séance parlementaire
du 26 février 98, Jean-Luc Warsmann, député RPR des
Ardennes, a interpellé M. Chevènement à ce sujet.
Sa réponse est ambiguë: "Pas de provocation !" Quel qu'ait
été le sens de la question, le ministre n'a pas prononcé
le mot "homosexuel", n'a ni infirmé ni confirmé, laissant
ainsi
planer le doute sur l'interprétation
de l'alinéa. Et ainsi que l'indique Anne Rousseau, "Si l'intitulé
est vague, l'administration aura toute latitude d'interpréter la
loi à sa guise". Il n'est donc pas exclu pour l'heure, en l'absence
des décrets d'application qui fixeront toute lecture de la loi,
qu'une situation identique à celle de la circulaire se répète.
"Il faut cesser d'être naïf", s'emporte Lionel Povert. "Il faut
se battre ensemble", répond en écho Nazeer Shadoo Buccus.
Pourquoi un collectif des homos sans papiers?
La situation des homosexuels, lesbiennes et transexuel/les sans-papiers rejoint dans une grande mesure celle de tous les sans-papiers. Cependant, cumulant nationalité étrangère et appartenance à une minorité sexuelle, ils sont doublement exposés aux discriminations.
Le collectif travaille sur deux axes:
1) obtention d'un titre de séjour pour les concubin(e)s homosexuel(le)s
En l'absence de reconnaissance des couples homosexuels, il est à
l'heure actuelle quasiment impossible' au concubin d'un Français
ou d'un étranger en situation régulière d'obtenir
un titre de séjour à ce titre. Les liens affectifs, la durée
de vie commune, le lien social qui lient ces couples sont totalement niés.
A titre d'exemple, Alain et Sundi, Malgache, vivent en couple depuis
7 ans. Sundi a bénéficié de titre de séjour
en tant qu'étudiant mais ce titre n'a pas été renouvellé
cette année. La demande de régularisation de Sundi lui a
été refusée, ce dernier étant considéré
comme célibataire et sans-ressource, au mépris de sa situation
réelle: concubin depuis nombreuses années et bénéficiant
du soutien financier d'Alain. Sundi a donc été "prié"
de quitter le territoire français.
2) obtention de l'asile politique (ou territoriale) pou homosexualité ou transsexualité
Dans plusieurs pays, l'homosexualité ou la transsexualité
sont passibles de la peine de mort. Dans beaucoup d'autres, la prison,
les brimades, la torture, le viol, l'internement psychiatrique forçé
menacent ceux et celles qui sont soupçonnés d'être
homosexuels. Que ces violations soient inscrites dans la loi du pays ou
qu'elles soient de fait, il est extrêmement difficile d'obtenir l'asile
politique ou territoriale en arguant de ces menaces ou de ces violences.
Le collectif des homos sans-papiers a ainsi constaté que des
homosexuels ou transsexuels algériens, dont la vie mise en danger
en cas d'expulsion vers l'Algérie, se sont vus refuser un titre
de séjour ou restent sans réponse de la part des préfectures.
En octobre dernier une lettre du Ministère de l'Intérieur
nous assurait que les dossiers des homosexuels et transsexuels sans-papiers
feraient l'objet d'une grande attention. Aujourd'hui nous constatons qu'il
n'en a rien été. Les refus se multiplient, beaucoup d'entre
nous n'ont tout simplement rien reçu.
Récemment encore, on nous assurait que la carte "vie privée
et familiale" pourrait être délivrée aux couples homosexuels
et lesbiens. Le texte voté à l'Assemblée n'est pas
explicite sur ce point. Par contre, les instructions envoyées par
le Ministère de l'Intérieur aux Préfectures laissent
peu d'espoir: il y est question de "famille nucléaire" et de "vie
maritale". Nous voilà renvoyés une fois de plus à
l'arbitraire de l'administration.
Plusieurs dizaines de milliers de sans-papiers vont revenir à la clandestinité dans les jours qui viennent. Parmi eux, des homosexuels, des lesbiennes, des transsexuels. Le Collectif des homos sans-papiers demande:
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Premier résultat positif du combat du Collectif de Soutien des Homos Sans Papiers: Nazeer Shadoo Buccus a obtenu à titre exceptionnel sa régularisation de la préfecture de Paris fin mai 1998. Il lui a été délivré, en tant que célibataire, une autorisation de séjour de trois mois lui permettant de travailler et devrait obtenir en août prochain une carte de un an. Le Collectif continue à se battre pour obtenir la régularisation de celles et ceux qui souhaitent obtenir le droit de vivre en France, aux côtés de leurs ami(e)s et de leurs amant(e)s. Ce premier geste marque un tournant dans l'attitude des autorités à l'égard de la question des homos sans papiers. Le collectif souhaite qu'à terme, en ce qui concerne les couples binationaux, les pouvoirs publics reconnaissent effectivement leur existence: la délivrance d'une carte de célibataire à un concubin homosexuel est un déni, rendu inévitable par l'état actuel de la loi, de reconnaissance de ces couples. Le Collectif réclame la modification de la circulaire d'application de la loi Chevènement concernant la carte vie familiale et privée: rien ne peut en effet justifier que ne soient pas pris en compte clairement leur existence. |
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MAURICIENS D'OUTRE-MER
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Menacé d'expulsion
Nazeer
Shadoo Buccus et son compagnon Lionel Povert.Nazeer partage la vie de Lionel Provert, 39 ans, depuis 1993. Ils habitent l'appartement de l'enseignant à Paris. "Avant d'arriver en France, Nazeer n'avait jamais eu de relations sexuelles et de vie affective. A Maurice l'homosexualité est considérée comme une tare, un motif d'exclusion", écrit la journaliste Elisabeth Lebovici. Elle cite ensuite le jeune homme: "C'est une petite île et tout le monde se connaît. Si tu es un peu efféminé, les gens te traitent de sale pédé. A Maurice, je vivais avec mes parents, je n'avais aucun ami. J'allais sur la plage, je voyais des garçons qui se prostituaient avec des touristes, mais je n'osais rien faire. Je faisais semblant de parler comme un hétéro. Je n'en pouvais plus, il fallait que je parte en Europe, loin de mes parents, de mes voisins. Alors j'ai travaillé en usine, travaillé tout le temps pour payer mon voyage." Rs 7 000 pour traverser la frontière C'est ainsi qu'il y a six ans, Nazeer pénètre le territoire français en clandestinité par la Belgique. Il verse Rs 20 000 à une agence et Rs 7 000 à un passeur pour traverser la frontière. Il connaîtra ensuite les mêmes péripéties que les autres sans-papiers pour trouver un emploi et un hébergement. Nazeer rencontre Lionel au cours d'une séance de sauna. Cette rencontre bouleversera les habitudes de l'enseignant car il se mettra à vivre caché comme son compagnon: "J'ai pris conscience de la privation d'autonomie qu'implique le fait d'être sans papiers. On a peur de prendre le métro, il n'est pas évident d'aller au cinéma, c'est difficile de partir en vacances ensemble. Par exemple, lorsqu'on a été en Corse chez mes parents, ce fut un cauchemar, il y avait des flics partout. Maintenant, Nazeer ne voyage plus." Collectif de soutien des homos sans papiers Le couple a entamé plusieurs démarches en vue d'obtenir la régularisation de Nazeer. Ils se sont affiliés à des organisations de défense des droits des homosexuels et autres lesbiennes, et ont même créé le Collectif de soutien des homos sans papiers. Lionel et Nazeer avaient fondé beaucoup d'espoir sur la victoire de la gauche aux législatives l'année dernière. "Jospin s'était engagé sur l'abrogation des lois Pasqua-Debré, on connaissait les promesses sur le contrat d'union sociale... Le 15 octobre dernier, ils présentent un dossier de demande de régularisation qu'ils croient "en béton" après que le maire du 19e arrondissement leur eut fait un certificat de vie commune. Mais en l'absence de reconnaissance juridique du couple homosexuel en France, leur demande est refusée par les autorités le 17 mars dernier. |
dimanche
17 mai 1998, 13h49 heure de Paris
Sans-papiers: cérémonie-marathon de parrainages républicains à Saint-Denis
--Par Jean-Marie Godard--
SAINT-DENIS (AP) -- Dimanche, le théâtre Gérard-Philippe
de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) a
fait salle comble. Aucune pièce, aucun concert ne s'y déroulait
mais plusieurs centaines de
personnes, anonymes ou connues, y étaient rassemblées
pour parrainer symboliquement des
sans-papiers dont la demande de régularisation a été
rejetée.
L'opération-marathon qui doit se dérouler, sans aucune
pause, jusqu'à lundi minuit, a pour but pour
permettre le parrainage d'au moins 1.500 sans-papiers en deux jours.
Elle est organisée par le
collectif Droits Devant! et le metteur en scène et directeur
du théâtre, Stanislas Nordey.
Parmi les parrains et marraines, figurent les cinéastes Claire
Denis, Léos Carax ou encore Patrice
Chéreau dont la venue est annoncée lundi après-midi.
``Les personnalités sont priées de se faire discrètes.
Le but de l'opération, ce n'est pas de montrer
que c'est la jet-set parisienne qui est venue, mais également
beaucoup de citoyens lambda'', a
expliqué Stanislas Nordey à l'Associated Press.
Ainsi, dimanche après-midi sur la scène du théâtre,
plusieurs centaines de parrains et marraines ont
défilé en compagnie de leur filleul, devant le député
écologiste Noël Mamère, les députés-maires
communistes Patrick Braouezec et Jack Ralite, ceints de leur écharpes
tricolores.
``Par cet acte, vous vous engagez à l'aider et à l'assister
dans ses démarches administratives'', ont
déclaré les officiants à l'intention des parrains
et marraines.
``Par votre démarche, vous nous aidez à remplir notre
devoir d'hospitalité et de citoyenneté'', ont-ils
ajouté pour les filleuls, originaires pour la plupart de pays
d'Afrique de l'Ouest (Sénégal, Mali) ou
d'Asie (Chine).
Ils sont venus seuls, en couple ou en famille. Tous se sont vus remettre
une carte portant leur nom,
leur prénom et leur nationalité, ainsi que le nom et
le numéro de téléphone de leurs parrains, qu'ils
pourront contacter en cas de difficulté pour remplir un dossier
ou d'interpellation lors d'un contrôle
d'identité.
Mais le statut prononcé lors de ce parrainage républicain
n'a aucune valeur juridique, et reste
strictement symbolique. Rien ne pourra s'opposer effectivement à
une éventuelle expulsion.
François Chandier, directeur des ressources humaines dans une
banque, mais surtout ``militant du
Parti socialiste'', a pris sous son aile Touré Baraka, un Sénégalais
de 38 ans. ``J'ai fait cela parce
que c'est un engagement concret, individuel, qui va beaucoup plus loin
qu'une simple manifestation
de rue'', dit François Chandier.
``Malgré mon attachement au Parti socialiste, je suis totalement
contre le dispositif Chevènement et
très en colère contre Jospin qui avait pris position
pour une régularisation plus large'', souligne-t-il.
``Je crois ne pas être le seul dans les rangs du PS''.
Lionel Povert, français, et Nazeer Shadoo Buccus, mauricien, se battent pour obtenir le droit de vivre ensemble en France.
L'amour sans papiers
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NAZEER SHADOO BUCCUS ET LIONEL
POVERT EN
5 DATES Septembre 1959
Mai 1966
Octobre 1992
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Juin-juillet
1997
Envoi à la préfecture de Paris de la demande de régularisation de Nazeer, dans le cadre de la circulaire Chevènement. 17 et 21 mars 1998
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Leur histoire commune pourrait commencer comme une comédie musicale: «Nazeer et le garçon formidable». Décor: un sauna parisien. Le garçon formidable s'appelle Lionel et il porte des lunettes. «Quand j'ai vu Lionel avec ses lunettes, dit Nazeer, j'ai reconnu le portrait de l'homme que j'avais imaginé dans ma tête.» «Je me souviens, ajoute Lionel de son côté, je descendais l'escalier et je vois ce beau garçon. Il m'a regardé avec des yeux... Jamais on ne m'a regardé comme ça. Je suis allé vers lui, ça s'est fait en quelques secondes, au grand dam de la petite cour d'hommes qui tournait autour de lui.» Dans le petit appartement parisien de Lionel Povert l'instituteur, qu'ils partagent depuis 1993, ils sont serrés entre des livres et des masses de papiers. Lionel garde ses lunettes. Nazeer a ôté les siennes pour parler. La musique est triste et la comédie a viré à l'orage: car Nazeer est sans papiers et sa demande de régularisation ó soutenue par une pléiade d'«amis» de la majorité plurielle ó n'est pas acceptée. Il est donc menacé d'expulsion.
Avant d'arriver clandestinement en France, à 26 ans, Nazeer Shadoo Buccus n'avait jamais eu de relations sexuelles. Ni de vie affective. A l'île Maurice, d'où il vient, l'homosexualité est considérée comme une tare, un motif d'exclusion. «C'est une toute petite île et tout le monde se connaît, explique Nazeer. Quand tu parles un peu différemment, si tu es un peu efféminé, tout de suite les gens te traitent de sale pédé. A Maurice je vivais avec mes parents, je n'avais aucun ami. J'allais sur la plage, je voyais bien des garçons qui se prostituaient avec des touristes, mais je n'osais rien faire. Je faisais semblant de parler comme un hétéro. Je n'en pouvais plus, il fallait que je parte, je devais partir en Europe, loin de mes parents, de mes voisins. Alors j'ai travaillé en usine, travaillé tout le temps pour payer mon voyage.» Sa demande de visa pour la France est refusée. Nazeer trouve une agence qui lui fait un billet pour la Belgique: 20 000 roupies (7 000 F), soit dix mois de salaire environ. Et puis, il faut payer le passeur, 2 000 F supplémentaires. A ce moment de l'histoire, Lionel et Nazeer s'engueulent. «Il faut parler du passeur, explose Lionel. Il y avait une fille avec Nazeer et elle a dû passer à la casserole.» Nous sommes en octobre1992.
A Paris, où il ne connaît personne, la galère habituelle débute. Nazeer passe d'hébergement provisoire en logement précaire. Un coin de canapé contre un loyer de 2 000 F, plus les clopes, les petites courses à payer, le ménage à se taper, se réveiller tôt, se coucher tard: «A chaque fois je voulais qu'on me garde, explique Nazeer. Après quelques semaines, on te dit: "Habille-toi." Tu plies tes vêtements dans ton sac, tu te dis qu'on a trouvé un endroit pour toi. Mais ton logeur a pris ton sac, l'a descendu à côté des poubelles et il te dit: "Bon. Tu te débrouilles maintenant."» Une fois, l'un de ses logeurs lui trouve un boulot dans l'atelier de confection où il travaille, mais exige qu'il marche derrière lui sans avoir l'air de le connaître, sous prétexte qu'il craint d'être arrêté à son côté. Nazeer enchaîne les histoires cauchemardesques: les seize heures de repassage quotidiennes, les employeurs qui, tout à coup, lui donnent la moitié de sa paie et, le mois d'après, plus rien du tout.
Entre-temps, Nazeer s'est déniaisé. «Un jour, je me promenais à Châtelet, un homme m'a abordé, m'a emmené dans un bar homo, rue de la Ferronnerie. Je n'avais jamais vu des garçons s'embrasser, je découvrais qu'on pouvait toucher un autre garçon. J'étais très content.» Il se fait draguer. On l'emmène au sauna. Rechoc. Il ne s'est jamais dénudé devant d'autres hommes. Il retourne au sauna, une fois, deux fois. La troisième, il rencontre Lionel; ils habitent ensemble assez vite. Lionel est instit et ancien pigiste à l'hebdomadaire Gai Pied. Il a écrit un dictionnaire des gays, c'est dire qu'il est «visible», comme homosexuel. Comme citoyen aussi. «Moi je suis fonctionnaire et propriétaire. J'ai pris conscience de la privation d'autonomie qu'implique le fait d'être sans papiers. On a peur de prendre le métro, il n'est pas évident d'aller au cinéma, c'est difficile de partir en vacances ensemble. Par exemple, lorsqu'on a été en Corse chez mes parents, ce fut un cauchemar, il y avait des flics partout, à la gare, à la gare maritime, etc. Maintenant, Nazeer ne voyage plus.» Ils dorment mal. Dans la cuisine, à côté de l'évier, une liste dactylographiée de calmants. C'est pour canaliser leur colère qu'ils ont pris leur carte à Act Up (ils sont aussi au Mrap, à Droits devant, au Centre gai et lesbien) et, dans la foulée, créé le Collectif de soutien des homos sans papiers (1). Ils ne veulent plus être seulement «des pédés consommateurs et spectateurs, mais des acteurs». Car c'est à l'autre Lionel qu'en veulent Lionel et Nazeer.
Retour au printemps 1997 et à la victoire de la gauche aux législatives. Lionel: «J'ai dit à Nazeer: "C'est bon!" Jospin s'était engagé sur l'abrogation des lois Pasqua-Debré, on connaissait les promesses sur le contrat d'union sociale... Le soir du second tour, lorsque j'ai téléphoné à la conseillère PS du quartier, elle n'était pas très chaude pour présenter le dossier de Nazeer. Bon. Nazeer n'entre pas dans les critères de la circulaire Chevènement. Mais on passe des coups de fil. Jean-Pol Pouliquen, animateur du Collectif pour le contrat d'union civique et sociale, est formel. Je contacte l'assistante de Cambadelis, aucun problème. Le maire du XIXe nous fait un certificat de vie commune. Le dossier est béton. On le présente le 15 octobre 1997.» Le refus de régularisation leur tombe dessus le 17 mars. Nazeer n'est pas le seul: les gays et lesbiennes sans papiers, même s'ils sont victimes de discriminations dans leur pays, n'ont guère de chances de construire une vie affective en France, en l'absence de reconnaissance juridique du couple homosexuel.
Ils ont eu beau prendre le «tarif couple» au Mrap, l'association refuse son soutien: «Vous allez droit au casse-pipe.» L'instit décrit aujourd'hui son état comme une «schizophrénie totale». Inclus dans la société civile ó il vote, il enseigne, il paie ses impôts ó, il est en même temps exclu de celle-ci, sans droits à sa vie privée. «Jospin signe le traité d'Amsterdam avec une clause concernant la non-discrimination en matière d'orientation sexuelle. Et il lui suffirait tout de suite de faire appliquer l'alinéa 7 de l'article 12 bis de la circulaire Chevènement (les cas de regroupement) en supprimant le flou qui l'entoure, en nommant l'homosexualité. Il faut me dire s'il veut maintenir les homos sous le boisseau, dans un apartheid subtil.»
Nazeer a désormais tout à perdre: «Depuis que
j'ai rencontré Lionel, j'ai peur. Avant je m'en foutais, maintenant
j'ai peur qu'on m'expulse, je ne peux pas vivre sans lui.» Qui
accepterait de se voir refuser de vivre avec la personne qu'il aime? Quant
à Lionel, il prévient: «Nous revendiquons notre
citoyenneté. Les homos vont entrer dans l'espace politique, pas
seulement en tant qu'électeurs, mais en tant que représentants.»
Ils ont choisi paradoxalement, pour e-mail, le nom de bachelors:
célibataires.
(1) CDHSP, c/o Centre gai et lesbien, 3, rue Keller, 75224 Paris Cedex
11. e-mail:
CDHSP@wanadoo.fr. Tel/fax: 01.42 03 29 09.
SANS-PAPIERS
Alors que la loi Chevènement sur l’immigration est adoptée,
le Collectif de soutien des homos sans papiers poursuit son action en vue
d’obtenir par pression sur les autorités politiques et administratives
la régularisation des personnes homosexuelles et transsexuelles
sans papiers, la reconnaissance de leurs droits, en particulier à
une vie privée, tant pour eux-mêmes que pour leurs partenaires
français ou étrangers en situation régulière.
Issu du milieu associatif (Act Up-Paris, Droits Devant, et le Centre Gai
& Lesbien), le Collectif est né le 21 mars dernier afin de protester
contre les expulsions d’homosexuels, de lesbiennes et de transsexuels sans
papiers.
Le Manifeste du Collectif de soutien des homos sans papiers rappelle
notamment que les gais (homosexuels, lesbiennes et transsexuels) étrangers
expulsés sont condamnés à subir des pressions familiales,
des persécutions et des violences sociales et/ou politiques en raison
de leur identité et de leur mode de vie qui peuvent aller jusqu’à
l’assassinat. Leur refuser le droit au séjour, c’est refuser de
reconnaître le caractère particulier des risques et des discriminations
spécifiques dont ils sont victimes.
Les homos sans papiers sont des têtus.
Pour signer la pétition du Collectif de soutien des homos sans
papiers, contactez Nazeer Shadoo Buccus et Lionel Povert au 01 42 03 29
09, ou Anne au 01 46 33 35 31.
E-mail : CDHSP@wanadoo.fr
Le Collectif souhaite que tous les parlementaires qui se sentent capables de courage politique défendent clairement le respect des droits qui sont ceux des homosexuels, qu'ils soient étrangers, français, en situation régulière ou non. Au-delà de la loi Chevènement, les circulaires d'application, le rééxamen éventuel des dossiers, ne pourront éventuellement transformer la situation présente qu'avec le soutien et la pression grandissante de tous les éléments sociaux, civils et politiques de ce pays.
La séance parlementaire du 8 avril, à l'occasion des questions d'actualité nous dira si la novlangue de Chevènement triomphe ou si le désir de voir les libertés individuelles reconnues et respectées trouve un écho dans la bouche de nos élus.
Le Collectif souhaite que la loi sur le C.U.C.S. soit très rapidement examinée et qu'elle respecte les engagements pris sur la question des homos sans papiers partenaires de Français ou d'étrangers en situation régulière. En effet, il ne serait pas acceptable, à nos yeux que les partenaires d'étrangers en situation régulière soient discriminés par rapport à celles et ceux vivant avec un(e) Français(e).
Le Collectif se félicite que Mr Jospin veuille modifier la constitution pour permettre une meilleure égalité des sexes, au profit d'une citoyenneté pleine et entière, une meilleure reconnaissance des femmes: si ce doux rêve se concrétisait, il serait judicieux d'en profiter pour inscrire dans la constitution l'égalité des Droits, quelle que soit l'orientation sexuelle.
Interview de Nazeer Shadoo Buccus, homo mauritien sans papier, et son partenaire Lionel Povert dans l'émission Migrants contre le sida du 4 avril 1998 sur Fréquence Paris Plurielle (106.3 FM) à 22h.Pour écouter l'interview, il faut d'abord récupérer le logiciel RealAudio.

Migrants contre le sida, c'est tous les samedis soir sur FPP 106.3 FM à 22h, une émission multi-communautaire qui s'adresse directement aux personnes atteintes et à leurs proches.
Nous
avons diffusé le texte du Manifeste lors de la manifestation
contre le F.N. du 28 mars, avec comme argumentaire qu'il faut se défendre
des valeurs du F.N. en refusant que l'actuel gouvernement les mette en
application. 80.000 clandestins déboutés seront 80.000 clandestins
officiels brevetés Jospin. Ne pouvant être tous expulsés,
ils vont constituer de fait et au su de tout le monde une catégorie
officielle de sans-droits.
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